C’est beau à en pleurer – Jean-René Huguenin

 

 

 

 

Jeudi 1er mars

 

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Je suis revenu chez moi où, tout seul (ma mère était au cinéma), j’ai lu le Narcisse de Valéry. C’est beau à en pleurer : « Une folle de toi, pâle dans les forêts, criant à tous les vents le nom que j’adorais… Ce nom si doux, Narcisse… et comme parfumé, toi, tu le répétais à ton vain bien-aimé. Et sur ton apparence éternellement pure, tu penchais, sans me voir, ta pensive figure… Et de tant de trésors tendrement accablée… » La folie de la pureté. La folie de la beauté. La folie de la raison.

 

 

 

 

 

Lundi 12 mars

 

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– Hier soir, jaillie de l’inconscient, une phrase que je me répète un instant mécaniquement, sans la comprendre, et qui, tout à coup, éclate en pleine lumière : « Je suis pauvre de tout ce que je n’aime pas. »

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Jean-René Huguenin, Journal, préface de Michka Assayas, postface de François Mauriac, coll. Signatures, éditions Points, janvier 2020, pages 63-64 et page 66.

 

 

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