NOTES DE SOIR : DE LA TENDRESSE POUR UNE ANECDOTE

 

 

 

Fin 1913, Georg Trakl est inquiet pour sa soeur, qui vit une situation difficile ; il est submergé par l’angoisse et la tristesse.

 

 

 

 

[…]

Sa situation matérielle semble pourtant s’améliorer : Ludwig von Ficker [son ami et éditeur] a reçu une somme de 100 000 couronnes à partager entre des auteurs autrichiens peu fortunés. Rilke et Trakl appartiendront au nombre des bénéficiaires. Précision qui n’est pas sans intérêt, le riche donateur était un Autrichien, parti étudier la logique et les mathématiques en Angleterre, auprès de Bertrand Russel, et dont le nom deviendra célèbre après la Seconde Guerre mondiale : il s’agit de Ludwig Wittgenstein.

Trakl et Wittgenstein ne se connaîtront pourtant jamais. Engagé volontaire pendant la guerre de 1914, Wittgenstein tentera de rencontrer Trakl, dont les poèmes lui semblent être ceux d’un authentique génie. Il se rendra à l’hôpital de Cracovie pour rencontrer cet homme étrange qu’il désirait tant connaître. Mais Trakl reposait déjà depuis plusieurs jours dans la terre.

L’enfer de Grodek l’avait tué, aussi sûrement qu’une balle en plein cœur.

 

 

 

 

In « 4. À l’Ange blanc », « Chapitre I, Rêve et folie », in TRAKL, une biographie de Jean-Michel Palmier, Belfond, 1987, p. 55.

 

 

 

 

J’ai ressenti de la tendresse envers cette anecdote de haute importance. Il me semble qu’il n’existe plus beaucoup de « Wittgenstein » aujourd’hui…

Photographies de G. Trakl et de L. Wittgenstein.